Le discours indirect
Le discours indirect permet de rapporter les paroles ou les pensées d'un personnage ou d'un locuteur sans les citer directement. Maîtriser cette transformation est essentiel pour l'épreuve du Brevet, notamment dans les questions de grammaire et la rédaction de récits. Il s'agit de passer d'une citation à une intégration fluide dans le récit, en respectant des règles de concordance des temps et de transformation des marques de l'énonciation.
Définition
Le discours indirect est une manière de rapporter les paroles ou les pensées d'un personnage en les intégrant à la phrase du narrateur, généralement introduites par un verbe de parole ou de pensée (dire, affirmer, penser, demander...). Contrairement au discours direct, il n'utilise ni guillemets ni tirets et opère des modifications grammaticales.
Cours détaillé
Le discours indirect apparaît massivement dans le roman réaliste et naturaliste du XIXe siècle, où il permet de mêler la voix du narrateur à celle des personnages, créant une polyphonie narrative. Chez Émile Zola, par exemple dans 'Germinal', il est utilisé pour rapporter les discussions des mineurs tout en maintenant le point de vue omniscient du narrateur. Il se distingue du discours direct (citation) et du discours indirect libre (fusion des voix sans verbe introducteur). Sa maîtrise repose sur trois transformations principales : l'introduction par une subordonnée, l'adaptation des pronoms et des indicateurs de temps/lieu, et la concordance des temps.
Règles essentielles
Introduction par une conjonction
Le discours indirect est introduit par une conjonction de subordination qui dépend du type de phrase rapportée : 'que' pour une déclaration, 'si' pour une interrogation totale, un mot interrogatif ('où', 'quand', 'comment', 'pourquoi', 'qui', 'que') pour une interrogation partielle.
Transformation des pronoms et adjectifs
Les pronoms personnels et les adjectifs possessifs sont modifiés pour correspondre au point de vue du narrateur qui rapporte, et non plus à celui du locuteur original.
Transformation des indicateurs de temps et de lieu
Les indicateurs de temps et de lieu (adverbes, compléments) sont adaptés au moment de l'énonciation du narrateur.
Concordance des temps
Le temps du verbe dans la proposition subordonnée dépend du temps du verbe introducteur (principale). Avec un introducteur au présent ou au futur, le verbe subordonné reste au temps de l'énoncé direct. Avec un introducteur au passé, le verbe subordonné bascule vers un temps du passé.
Astuces
- Mémo MODONOC : Pour se souvenir des conjonctions de coordination (Mais, Ou, Et, Donc, Or, Ni, Car) à ne pas confondre avec les conjonctions de subordination 'que' ou 'si' qui introduisent le discours indirect.
- Pense à la 'translation' : Imagine que tu traduis les paroles du personnage dans la langue du narrateur. Les pronoms ('je', 'tu') et les repères ('ici', 'aujourd'hui') changent forcément.
- Vérifie la logique temporelle : Si le verbe introducteur est au passé (il dit, il a dit, il disait), les temps de la subordonnée doivent presque toujours être des temps du passé (imparfait, plus-que-parfait, conditionnel).
Exemples résolus
Transforme le discours direct suivant en discours indirect : Victor Hugo écrit dans 'Les Misérables' : « Jean Valjean déclara : 'Je suis un forçat.' »
Victor Hugo écrit dans 'Les Misérables' que Jean Valjean déclara qu'il était un forçat.
Le verbe introducteur 'déclara' est au passé simple. La déclaration 'Je suis' (présent de l'indicatif) doit donc se transformer en 'il était' (imparfait de l'indicatif) pour respecter la concordance des temps. Le pronom 'je' devient 'il' pour correspondre au sujet 'Jean Valjean'.
Transforme cette interrogation en discours indirect : Le policier demanda au suspect : « Où étiez-vous hier soir ? »
Le policier demanda au suspect où il avait été la veille au soir.
L'interrogation partielle est introduite par le mot interrogatif 'où'. Le pronom 'vous' (de politesse) devient 'il'. Le temps 'étiez' (imparfait) devient 'avait été' (plus-que-parfait) car l'introducteur est au passé simple. L'indicateur de temps 'hier soir' devient 'la veille au soir'.
Dans 'L'Étranger' d'Albert Camus, Meursault pense : « Aujourd'hui, maman est morte. » Mets cette pensée au discours indirect.
Dans 'L'Étranger' d'Albert Camus, Meursault pensa que ce jour-là, sa mère était morte.
Le verbe de pensée 'pensa' est au passé simple. Le présent 'est' devient donc l'imparfait 'était'. L'adverbe 'aujourd'hui' se transforme en 'ce jour-là'. Le terme familier 'maman' est adapté en 'sa mère' dans le registre du discours rapporté.
Erreurs à éviter
Oublier de changer les pronoms personnels. Exemple : Il a dit qu'il viendrait. (Si le 'il' du discours indirect ne renvoie pas au même personnage que le 'il' introducteur, cela crée une ambiguïté).
✓ Préciser le référent ou reformuler. Exemple : Il a dit que son frère viendrait. ou Marc a dit qu'il viendrait.
Dans 'Il a dit qu'il viendrait', on ne sait pas si c'est lui ou un autre 'il' qui vient. Il faut être précis. Astuce : Après 'que', remplace mentalement le pronom par le nom du personnage pour vérifier la clarté.
Mettre une ponctuation de discours direct (deux-points, guillemets) dans le discours indirect. Exemple : Il a dit que : « il partait ». (FAUX)
✓ Supprimer toute ponctuation de citation. Exemple : Il a dit qu'il partait.
Le discours indirect est une subordonnée intégrée à la phrase du narrateur. Les guillemets et les deux-points disparaissent. La conjonction 'que' (ou 'si', ou un mot interrogatif) suffit à marquer le début du discours rapporté.
Ne pas respecter la concordance des temps après un introducteur au passé. Exemple : Il a annoncé qu'il fait beau demain. (FAUX, le verbe introducteur 'a annoncé' est au passé composé).
✓ Adapter le temps de la subordonnée. Exemple : Il a annoncé qu'il ferait beau le lendemain.
L'action d'annoncer est passée, donc la prédiction ('il fera beau') doit être rapportée au conditionnel présent ('il ferait beau'), qui est le futur du passé. 'Demain' devient aussi 'le lendemain'.
Quiz rapide
Q1.Quelle est la transformation CORRECTE de ce discours direct en indirect ? Discours direct : Elle s'exclama : « Je réussirai ! »
La bonne réponse est 'Elle s'exclama qu'elle réussirait.' Le pronom 'je' devient 'elle'. Le verbe introducteur ('s'exclama') est au passé simple, donc le futur simple 'réussirai' de la citation doit se transformer en conditionnel présent 'réussirait' (futur du passé). Les options 1 et 2 ont des erreurs de pronom ou de temps. L'option 4 conserve une ponctuation de discours direct (deux-points).
Q2.Quelle conjonction ou quel mot interrogatif introduit CORRECTEMENT cette interrogation rapportée ? Il se demanda : « Partons-nous maintenant ? »
La bonne réponse est 'si'. L'interrogation directe 'Partons-nous ?' est une question totale (réponse par oui ou non). Dans le discours indirect, elle est introduite par la conjonction 'si'. La phrase devient : 'Il se demanda si ils partaient maintenant.' 'Que' introduit une déclaration, 'quand' et 'pourquoi' introduisent des interrogations partielles.
Q3.Parmi ces phrases, laquelle contient une ERREUR de concordance des temps dans le discours indirect ?
La phrase erronée est 'Il a pensé qu'il pleuvra le lendemain.' Le verbe introducteur 'a pensé' est au passé composé. La prédiction ('il pleuvra') doit donc être rapportée au conditionnel présent ('il pleuvrait'), qui est le futur du passé. Les autres options sont correctes : la 1 a un introducteur au présent, la 2 et la 3 (où 'pleuvait' est une constatation, pas une prédiction) respectent la concordance.
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