Sujet d'invention
Le sujet d'invention est l'une des trois propositions de travail d'écriture au Brevet. Il teste votre capacité à créer un texte cohérent en respectant des consignes précises (genre, registre, point de vue, situation d'énonciation). Il ne s'agit pas d'écrire n'importe quoi, mais d'inventer dans un cadre défini, en mobilisant vos connaissances littéraires et vos compétences rédactionnelles.
Définition
Le sujet d'invention est un exercice d'écriture qui demande de produire un texte personnel (narratif, argumentatif, descriptif, épistolaire, etc.) en respectant un ensemble de contraintes données dans l'énoncé. Il évalue l'imagination, mais surtout la maîtrise des codes d'un genre et la capacité à s'adapter à une situation de communication.
Cours détaillé
Cet exercice trouve ses racines dans la tradition rhétorique des « progymnasmata », des exercices préparatoires à l'art oratoire. Au XXe siècle, l'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle), avec des auteurs comme Georges Perec ou Raymond Queneau, a exploré la création sous contrainte, démontrant que les limites stimulent l'invention. Pour le Brevet, il s'agit souvent de poursuivre un récit, d'écrire un monologue, un dialogue, une lettre ou un article. Vous devez impérativement identifier le genre (conte, nouvelle, lettre ouverte), le registre (comique, pathétique, polémique), le narrateur (interne ou externe) et le destinataire (lecteur, personnage, public).
Règles essentielles
Analyser le sujet
Surligner les mots-clés de l'énoncé qui indiquent le genre, le registre, la situation d'énonciation et les contraintes formelles.
Respecter la situation d'énonciation
Adapter le ton, les pronoms et le niveau de langue en fonction du narrateur et du destinataire.
Structurer le texte
Organiser son invention en paragraphes (introduction, développement, conclusion) même pour un texte narratif court.
Ancrer dans le réel littéraire
Utiliser des références au texte d'origine (pour une suite ou une transposition) et des procédés stylistiques adaptés au registre.
Astuces
- ASTUCE : La méthode « QQQOCP » pour analyser le sujet (Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Pourquoi ?).
- Faites un brouillon avec les idées principales et la structure avant de rédiger au propre.
- Relisez-vous en vérifiant spécifiquement le respect des consignes (longueur, forme, ton).
Exemples résolus
« Vous êtes journaliste en 1944. Rédigez l'éditorial du journal clandestin 'Libération' célébrant la libération de Paris. Le texte sera argumentatif et mobilisera le registre épique. »
« Paris ! Paris libéré ! Paris secouant enfin le joug abject de l'occupant ! Ce matin, nos cloches sonnent la délivrance et nos cœurs battent au rythme des chars alliés descendant les Champs-Élysées. Le courage des combattants de l'ombre, la ténacité de tout un peuple ont triomphé de la barbarie. Cette victoire est celle de la lumière sur les ténèbres, de la liberté sur la servitude. En ce jour historique, nous jurons de reconstruire une France juste et fraternelle. En avant ! »
La solution respecte la situation d'énonciation (journaliste, 1944, ton solennel), la forme (éditorial avec titre, paragraphe), le registre épique (vocabulaire de la lutte, hyperboles, métaphores « lumière/ténèbres ») et la visée argumentative (célébrer, appeler à la reconstruction).
« En vous inspirant de la fable, écrivez un court apologue où un arbre majestueux dialogue avec un roseau. La fin doit comporter une morale explicite. »
Le Chêne, fier de sa stature, railla le Roseau : « Vois ma force ! Les tempêtes me respectent ! » Le Roseau répondit : « Je plie et ne romps point. » L'ouragan vint. Le Chêne, raidi contre le vent, fut déraciné. Le Roseau, ayant courbé l'échine, se releva intact. MORALE : Il vaut mieux savoir s'adapter avec souplesse que résister avec orgueil.
Le texte est un apologue (récit court avec morale). Il reprend la structure classique de la fable (dialogue, épreuve, dénouement). La morale est explicite, formulée en une phrase générale. Le dialogue et les personnifications sont typiques du genre.
« Poursuivez le début de texte suivant en adoptant le point de vue interne de l'enfant : 'Je me souviens de ce premier jour d'école. La main de ma mère se dégagea de la mienne...' (15 lignes maximum). »
« ... Un froid soudain me parcourut. La grande porte verte se referma comme une gueule. Des visages inconnus, des rires trop forts. Je sentis une boule monter dans ma gorge. La maîtresse avait une voix douce, mais ses mots étaient des ordres incompréhensibles. Je cherchai des yeux un coin familier, un reflet du salon. Il n'y avait que des murs couleur de plâtre et des tables alignées comme des soldats. Le temps s'était arrêté. J'attendais que le monde redevienne à ma taille. »
La suite est écrite à la première personne (point de vue interne). Elle développe les sensations (froid, boule dans la gorge), les perceptions (sons, couleurs) et les émotions (peur, désorientation) de l'enfant, conformément à la consigne. Les métaphores (« gueule », « soldats ») traduisent son angoisse.
Erreurs à éviter
Ne pas respecter la forme demandée (écrire un texte narratif alors qu'on demande une lettre).
✓ Identifier immédiatement la forme (lettre, article, dialogue, monologue) et en respecter les codes (formules, mise en page).
Contre-exemple : Pour un sujet demandant « une lettre de candidature », oublier la formule d'appel (« Monsieur le Directeur, ») et la signature. Astuce : Recopier au brouillon le cadre formel (de... à..., lieu/date, signature).
Oublier la situation d'énonciation et mélanger les tons (parler familièrement à un supérieur).
✓ Définir clairement qui parle, à qui, dans quel contexte, et adapter le niveau de langue et le ton.
Contre-exemple : Faire dire à un personnage du XVIIe siècle « C'est trop cool ! ». Astuce : Se poser la question « Est-ce que ce personnage, dans cette situation, pourrait vraiment dire/écrire cela ? »
Faire un récit qui ne fait que raconter des événements sans intention (pas de chute, de morale ou d'argument).
✓ Donner un but à son texte : faire rire, émouvoir, persuader, illustrer une idée. La fin doit être significative.
Contre-exemple : Terminer une suite de texte par « et puis je suis rentré chez moi ». Astuce : Avant de commencer, savoir comment votre texte va se terminer et quelle impression il doit laisser au lecteur.
Quiz rapide
Q1.Quelle est la première étape incontournable face à un sujet d'invention ?
La bonne réponse est B. Une analyse minutieuse de l'énoncé est cruciale pour identifier toutes les contraintes (genre, registre, personnages, longueur). Se lancer sans analyse (A) conduit à hors-sujet. Les réponses C et D sont secondaires et ne doivent intervenir qu'après l'analyse, dans le respect du cadre imposé.
Q2.Vous devez écrire une lettre de Victor Hugo s'adressant à Napoléon III pour dénoncer le coup d'État. Quel registre et quel ton sont les plus adaptés ?
La bonne réponse est C. Victor Hugo, en exil, a effectivement dénoncé Napoléon III avec véhémence dans des textes comme « Napoléon le Petit ». Le registre polémique (qui attaque, dénonce) et le ton indigné sont parfaitement adaptés à la situation. Les autres registres seraient anachroniques ou inadaptés à l'intention de dénonciation.
Q3.Dans un sujet qui demande « le monologue intérieur d'un personnage hésitant », quel procédé stylistique est le plus pertinent ?
La bonne réponse est C. Le monologue intérieur vise à reproduire le flux de la pensée. Pour traduire l'hésitation, les questions rhétoriques (« Dois-je y aller ? ») et les antithèses (« Oui, mais non... ») sont très efficaces. Les métaphores filées (A) ou les descriptions (B) peuvent exister mais ne sont pas spécifiques à l'hésitation. Le vocabulaire technique (D) est rarement adapté à un monologue intérieur naturel.
Leçon terminée !
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