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Leçon 5/6

Réfuter et concéder

15-20 min Difficulté : Moyen

Dans une argumentation, il est rare qu'une thèse soit absolument vraie et l'autre totalement fausse. Pour être crédible et persuasif, il faut savoir reconnaître la part de vérité de l'adversaire avant de défendre son propre point de vue. Cette stratégie, essentielle pour la rédaction du Brevet (écriture d'invention ou réflexion), montre que l'on a bien réfléchi au débat et que l'on n'est pas dogmatique. Elle permet de désamorcer les objections du lecteur et de renforcer sa propre position.

Définition

Réfuter, c'est rejeter un argument adverse en montrant qu'il est faux, faible ou irrecevable. Concéder, c'est reconnaître volontairement qu'un point de l'adversaire est juste ou partiellement valable, souvent pour mieux le dépasser et défendre sa propre thèse. Ces deux opérations sont souvent combinées dans une stratégie dialectique.

Cours détaillé

L'art de la réfutation et de la concession est au cœur de la rhétorique classique. Dès l'Antiquité, les orateurs comme Cicéron pratiquaient la « concession » (concessio) pour paraître raisonnables. Au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières, dans leurs essais et contes philosophiques, utilisent massivement cette technique pour critiquer les abus sans se faire censurer. Voltaire, dans ses pamphlets, feint souvent d'admettre un point de vue avant de le réduire à l'absurde par l'ironie. Au XXe siècle, dans les essais et les discours politiques, cette méthode reste fondamentale pour construire une argumentation solide et nuancée, qui tient compte de la complexité du réel.

Règles essentielles

La concession préalable

Reconnaître d'abord un élément valable dans la thèse adverse pour créer un terrain d'entente avec le destinataire.

Exemple : « Il est vrai que la technologie peut isoler les individus, cependant elle offre aussi des moyens de communication inédits. » (Exemple type de construction argumentative)

La réfutation par l'absurde (réduction à l'absurde)

Pousser l'argument adverse à ses conséquences logiques extrêmes pour en montrer le caractère inacceptable ou ridicule.

Exemple : « Si l'on suit votre raisonnement, il faudrait interdire toute innovation par peur du risque, et nous en serions encore à l'âge de pierre. »

La réfutation par le contre-exemple

Invalider une généralisation en apportant un exemple concret qui la contredit.

Exemple : « Vous dites que tous les jeunes sont désintéressés de la politique, mais le taux de participation aux élections lycéennes prouve le contraire. »

La concession-réfutation (Oui, mais...)

Utiliser une structure en deux temps : concéder un point mineur pour mieux réfuter le point principal.

Exemple : « Certes, ce roman est parfois lent, mais cette lenteur est nécessaire pour créer une tension psychologique insoutenable. » (Analyse type d'une œuvre littéraire)

Astuces

  • Pensez à la formule « Certes... mais... » ou « Il est vrai que... cependant... » pour structurer facilement votre paragraphe.
  • Pour réfuter, cherchez toujours un exemple, un fait ou un chiffre précis (contre-exemple). Évitez les opinions personnelles non étayées.
  • Dans un plan dialectique (thèse/antithèse/synthèse), la concession se trouve souvent dans l'antithèse, qui reconnaît les limites de la thèse.

Exemples résolus

Énoncé

Analyse la stratégie argumentative dans cette phrase de Voltaire (extrait du 'Dictionnaire philosophique') : 'Il est vrai que la guerre est un fléau ; mais c'est un fléau inévitable.'

Solution

1. CONCESSION : « Il est vrai que la guerre est un fléau » → Voltaire admet le point de vue moral et pacifiste de son adversaire. 2. RÉFUTATION (introduite par « mais ») : « c'est un fléau inévitable » → Il oppose à cette évidence morale une réalité politique qu'il juge incontournable, limitant ainsi la portée de la concession.

Voltaire utilise une concession préalable (« Il est vrai que ») pour désarmer le lecteur qui pourrait être choqué par la suite. En concédant l'aspect négatif de la guerre, il se pose en esprit raisonnable. Le « mais » marque un retournement et introduit l'idée principale : l'inévitabilité, qui sert peut-être à justifier une réflexion plus réaliste, voire cynique, sur les relations internationales.

Énoncé

Dans cet extrait, identifie l'argument adverse et la manière dont il est réfuté : 'Certains affirment que lire est une perte de temps. Pourtant, la lecture développe l'imagination et la culture personnelle, ce qui est un investissement précieux.'

Solution

Argument adverse à réfuter : « Lire est une perte de temps ». Stratégie de réfutation : Par un contre-argument positif. L'auteur ne concède rien, il oppose directement un bénéfice (« développe l'imagination et la culture ») à l'accusation de « perte de temps », en requalifiant cette activité en « investissement précieux ».

Il s'agit ici d'une réfutation directe, sans concession. Le mot « Pourtant » est un connecteur logique d'opposition forte. La réfutation est efficace car elle transforme la valeur négative (« perte de temps ») en valeur positive (« investissement précieux ») par un raisonnement qui apporte des preuves concrètes (développement de facultés).

Énoncé

Réécris cette affirmation dogmatique en y intégrant une concession pour la nuancer : 'Les réseaux sociaux sont nuisibles et il faut les interdire aux adolescents.'

Solution

Version nuancée avec concession : « Certes, les réseaux sociaux peuvent exposer les adolescents à certains dangers comme le cyberharcèlement, cependant ils constituent aussi un espace de socialisation et d'information important. Une éducation à leur usage responsable est préférable à une interdiction pure et simple. »

La version initiale est catégorique et facile à attaquer. La version corrigée : 1) Commence par une concession (« Certes... ») qui admet un point faible réel. 2) Utilise « cependant » pour introduire le point de vue opposé (les avantages). 3) Propose une solution médiane (« éducation... préférable à une interdiction ») qui découle de la confrontation des deux aspects. Cette structure est plus persuasive.

Erreurs à éviter

Faire une concession trop importante qui affaiblit sa propre thèse.

Concéder un point secondaire, marginal, ou de détail, pour mieux défendre l'essentiel de sa position.

Erreur : « Je suis d'accord, la peine de mort peut dissuader certains criminels, mais elle est immorale. » → La concession (son efficacité dissuasive) est un argument majeur des partisans de la peine de mort, la thèse personnelle (« elle est immorale ») semble alors subjective. Correction : « Je reconnais que le désir de vengeance des victimes est compréhensible, cependant l'État doit garantir une justice qui ne s'abaisse pas au crime. » La concession porte sur un sentiment, pas sur l'efficacité de la peine.

Oublier le mot de liaison qui marque l'opposition après une concession, créant une contradiction illogique.

Toujours enchainer la concession et la réfutation avec un connecteur logique d'opposition (mais, cependant, pourtant, néanmoins, toutefois).

Erreur : « Il est vrai que ce film a un bon scénario. Les acteurs jouent mal. » → La phrase semble énoncer deux faits sans lien, le lecteur ne perçoit pas la contradiction. Correction : « Il est vrai que ce film a un bon scénario, cependant les acteurs jouent mal. » Le « cependant » montre clairement que le second élément limite la portée positive du premier.

Se contenter d'affirmer « tu as tort » ou « je ne suis pas d'accord » sans apporter d'élément pour étayer la réfutation.

Toujours justifier la réfutation par un argument, un exemple, un fait, ou un raisonnement logique.

Erreur : « Tu dis que les devoirs sont inutiles. C'est faux. » → C'est une simple contradiction, pas une argumentation. Correction : « Tu dis que les devoirs sont inutiles. Pourtant, de nombreuses études montrent qu'ils permettent de fixer les connaissances vues en classe, à condition qu'ils soient bien dosés. » La réfutation est étayée par une autorité (« études ») et un argument concret (« fixer les connaissances »).

Quiz rapide

Q1.Dans la phrase « Certes, l'équipe adverse est forte, mais nous avons une meilleure stratégie », quelle est la fonction de « Certes » ?

A.Elle annonce la réfutation principale.
B.Elle introduit une concession.
C.Elle renforce l'argument de l'auteur.
D.Elle présente un exemple.

« Certes » est un marqueur de concession. Il introduit l'idée que l'on admet (la force de l'adversaire), avant de la nuancer ou de la contredire avec « mais ». Les autres options sont incorrectes : la réfutation vient après « mais », elle ne renforce pas l'argument de l'auteur (elle lui est opposée), et elle ne présente pas un exemple mais une affirmation.

Q2.Quel est le principal avantage de concéder un point à son adversaire dans un débat ?

A.Gagner du temps.
B.Montrer que l'on a tout compris.
C.Paraître plus raisonnable et crédible, et désamorcer les objections.
D.Éviter de devoir développer ses propres arguments.

La concession stratégique a pour but de montrer que l'on a entendu et compris l'argument adverse, ce qui donne une image d'objectivité et d'ouverture d'esprit. Cela rend le destinataire plus réceptif à la réfutation qui suit. Les autres options sont des objectifs non pertinents ou contraires à l'esprit de l'argumentation.

Q3.Laquelle de ces phrases utilise correctement une concession suivie d'une réfutation ?

A.Par conséquent, il pleuvait, donc nous sommes restés à l'intérieur.
B.À première vue, le projet semble coûteux. En réalité, il générera des économies à long terme.
C.D'une part, il est studieux, d'autre part, il est sportif.
D.En somme, l'expérience fut concluante et positive.

« À première vue, le projet semble coûteux » est une concession (on admet l'apparence défavorable). « En réalité, il générera des économies » est la réfutation qui rectifie cette première impression. Les autres options : A) montre une conséquence, C) énumère deux qualités (addition), D) est une conclusion. Seule B) présente la structure concession/réfutation.

Leçon terminée !

Continue avec la leçon suivante ou teste tes connaissances.

Ketty