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Leçon 2/8

La comparaison

15-20 min Difficulté : Facile

La comparaison est une figure de style fondamentale pour l'analyse de textes au Brevet. Elle permet d'enrichir la description, de créer des images fortes et de préciser la pensée d'un auteur. Savoir la repérer et l'interpréter est essentiel pour comprendre les effets recherchés dans un poème, un récit ou un texte argumentatif, et ainsi réussir les questions de langue et de compréhension.

Définition

La comparaison est une figure d'analogie qui établit un rapprochement explicite entre deux éléments appartenant à des champs sémantiques différents : le comparé (ce dont on parle) et le comparant (l'élément de rapprochement). Ce lien est marqué par un outil de comparaison, appelé comparatif (comme, tel, semblable à, etc.).

Cours détaillé

La comparaison est l'une des figures de style les plus anciennes et les plus répandues. Elle structure la pensée analogique, permettant de rendre concret l'abstrait ou de caractériser avec précision. En poésie, du XVIe siècle à aujourd'hui, elle est un outil privilégié de l'image. Pierre de Ronsard, dans "Sonnets pour Hélène", compare la fuite du temps à de l'eau coulant entre les doigts. Au XIXe siècle, Charles Baudelaire, dans "Les Fleurs du Mal", use de comparaisons frappantes pour exprimer le Spleen, comparant par exemple le ciel à un couvercle. Elle n'est pas réservée à la poésie : Émile Zola, dans "Germinal", décrit la mine Voreux comme une bête mauvaise, avalant les hommes. Elle sert alors l'esthétique naturaliste et la dénonciation sociale.

Règles essentielles

Structure de base

Une comparaison est toujours constituée de trois éléments obligatoires : le comparé, l'outil de comparaison (comparatif) et le comparant.

Exemple : "Tes yeux [comparé] sont [verbe] profonds comme [outil] les lacs [comparant]." (Paul Verlaine, "La Bonne Chanson")

Outils de comparaison

Les outils de comparaison (comparatifs) sont nombreux. Les principaux sont : comme, tel, semblable à, pareil à, ressembler à, plus... que, moins... que, aussi... que.

Exemple : "Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie [...] / Plus j'ai de feu, plus je suis une glace." (Louise Labé, Sonnets)

Fonction descriptive

La comparaison a souvent pour fonction de décrire avec plus de précision, de force ou de poésie en créant une image.

Exemple : "La terre était bleue comme une orange." (Paul Éluard, "L'Amour la Poésie")

Fonction argumentative

La comparaison peut aussi servir l'argumentation en illustrant une idée par une image concrète et frappante.

Exemple : "Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route." (Stendhal, "Le Rouge et le Noir")

Astuces

  • Pour la repérer, cherchez systématiquement les mots-outils : comme, tel, semblable à, pareil à, plus/aussi/moins... que.
  • Mémo : "Comparaison = Comparé + Comme + Comparant" (la règle des 3 C).
  • Attention au contexte ! Une phrase avec "comme" n'est pas toujours une comparaison stylistique ("Comme il pleuvait, je suis rentré" est une subordonnée de cause).

Exemples résolus

Énoncé

Analyse la phrase suivante : "Ses cheveux étaient d'or comme les blés mûrs." (Victor Hugo)

Solution

1. Repérage de l'outil : "comme". 2. Identification du comparé : "Ses cheveux". 3. Identification du comparant : "les blés mûrs". 4. Interprétation : La comparaison crée une image valorisante et poétique, associant la chevelure à la richesse (or) et à la nature féconde (blés mûrs).

La solution est correcte car elle suit la méthode d'analyse en trois temps (outil, comparé, comparant) et propose une interprétation qui va au-delà du simple repérage, en expliquant l'effet produit (valorisation, image naturelle et précieuse).

Énoncé

Identifie la comparaison et explique son effet dans cette citation de Maupassant : "La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit." (extrait d'une nouvelle, à ne pas confondre avec une comparaison formelle). Maintenant, analyse celle-ci : "Il était pâle comme un linge."

Solution

La première phrase n'est PAS une comparaison stylistique. La seconde phrase est une comparaison. Outil : "comme". Comparé : "Il" (sous-entendu son teint). Comparant : "un linge". Effet : Elle insiste de façon hyperbolique sur la pâleur extrême, souvent liée à la peur ou à la maladie, en utilisant une image du quotidien (le linge) très évocatrice.

Il est crucial de distinguer l'usage courant de "comme" (dans une comparaison de degré ou une subordonnée) de la figure de style. La solution est correcte car elle identifie d'abord un piège, puis applique la méthode à une vraie comparaison et interprète son effet concret (hyperbole, image quotidienne).

Énoncé

Transforme l'idée suivante en utilisant une comparaison : "La ville était très bruyante."

Solution

Plusieurs réponses possibles. Exemple : "La ville était bruyante comme une ruche." Comparé : la ville. Outil : comme. Comparant : une ruche. L'image évoque l'agitation, le bourdonnement constant et l'activité fébrile.

La solution est correcte car elle respecte la structure de la comparaison (comparé + outil + comparant) et propose un comparant (ruche) qui appartient à un champ sémantique différent (le monde animal) tout en créant une image cohérente et évocatrice du bruit et de l'agitation.

Erreurs à éviter

Confondre la comparaison avec la métaphore.

Se rappeler que la comparaison utilise un outil de rapprochement explicite (comme, tel...), alors que la métaphore le supprime.

Comparaison : "Ses yeux sont comme des étoiles." Métaphore : "Ses yeux sont des étoiles." ou "Ces étoiles [=yeux] brillent." Astuce : S'il y a "comme", "tel", c'est une comparaison. S'il n'y a pas d'outil mais un verbe d'état (être, sembler) ou une substitution, c'est une métaphore.

Oublier un des trois éléments (comparé, outil, comparant) dans l'analyse.

Toujours vérifier la présence des trois éléments constitutifs.

Erreur : "Dans 'fort comme un bœuf', le comparé est 'fort'." C'est faux. 'Fort' est l'attribut du comparé sous-entendu ("il"). Le comparé est le sujet ("il"), l'outil est "comme", le comparant est "un bœuf". Il faut reconstituer la phrase entière mentalement.

Prendre toute phrase avec "comme" pour une comparaison stylistique.

Vérifier que "comme" introduit bien un rapprochent entre deux réalités différentes, et non une cause, un temps ou une manière.

"Il est arrivé comme je partais." Ici, "comme" signifie "au moment où", c'est une subordonnée de temps, pas une figure de style. Pour être une comparaison, il faut que l'on puisse dire "A est comme B".

Quiz rapide

Q1.Laquelle de ces phrases contient une comparaison ?

A.Il travaille comme un forçat.
B.Fais comme je te dis.
C.Comme il faisait nuit, nous avons allumé la lampe.
D.Son attitude, comme celle de son frère, est étrange.

La bonne réponse est A : "Il (comparé) travaille comme (outil) un forçat (comparant)." B est une subordonnée de manière, C une subordonnée de cause, D une comparaison de similitude grammaticale mais pas une figure de style créant une image (on compare deux attitudes de la même famille).

Q2.Quel est le comparant dans cette phrase de Prévert : "Il a mis le café / Dans la tasse / Il a mis le lait / Dans la tasse de café / Il a mis le sucre / Dans le café au lait / Avec la petite cuiller / Il a tourné / Il a bu le café au lait / Et il a reposé la tasse / Sans me parler / [...] / Il a allumé / Une cigarette / Il a fait des ronds / Avec la fumée / Il a mis les cendres / Dans le cendrier / Sans me parler / Sans me regarder / Et moi j'ai pris / Ma tête dans ma main / Et j'ai pleuré." (Extrait de "Déjeuner du matin") ?

A.La tasse
B.La cigarette
C.La fumée
D.Aucune, il n'y a pas de comparaison dans cet extrait.

La bonne réponse est D. Cet extrait célèbre de Prévert est un exemple d'écriture dépouillée, narrative et objective. Il n'y a aucune figure de comparaison. Les actions sont énumérées de façon neutre, ce qui renforce l'effet de distance et de silence évoqué par le poème. C'est un piège classique : ne pas inventer des figures de style là où il n'y en a pas.

Q3.Quelle est la fonction principale de la comparaison dans ce vers de Baudelaire : "Je suis comme le roi d'un pays pluvieux" ("Spleen" LXXVIII) ?

A.Argumenter une thèse politique.
B.Décrire un paysage de façon réaliste.
C.Exprimer un état d'âme (le spleen) par une image analogique.
D.Introduire un personnage historique.

La bonne réponse est C. Baudelaire utilise la comparaison pour exprimer son ennui profond, sa mélancolie (le spleen). Le comparant "roi d'un pays pluvieux" évoque la richesse potentielle (roi) mais aussi la tristesse, l'immobilité et l'ennui (pays pluvieux). C'est une image, non une description réaliste ni une argumentation.

Leçon terminée !

Continue avec la leçon suivante ou teste tes connaissances.

Ketty