En 1928, l’Allemagne compte environ 1,4 million de chômeurs ; en 1932, environ six millions. Hitler est nommé chancelier le 30 janvier 1933.
La crise économique mondiale nourrit la misère et la colère. Des démocraties résistent, tandis que d’autres pays basculent dans le totalitarisme. Comprendre cette décennie permet d’expliquer la marche vers une nouvelle guerre.
Une crise mondiale partie de New York
Le 24 octobre 1929, à la Bourse de New York, les cours des actions s’effondrent. Beaucoup d’Américains avaient acheté des actions avec de l’argent emprunté : ils ne peuvent plus rembourser. Les banques, ruinées à leur tour, ferment. Sans crédit, les entreprises licencient, et ceux qui perdent leur emploi n’achètent plus rien. La machine s’enraye.

La crise gagne l’Europe en 1931 et 1932, parce que les économies sont liées : les États-Unis rapatrient leurs capitaux et achètent moins. Chaque pays se protège alors en taxant les marchandises étrangères, ce qui réduit encore le commerce. L’Allemagne, qui vivait des prêts américains, est la plus durement touchée.
Exemple résolu
À l’aide du graphique, montrez que la crise frappe l’Allemagne avec une violence particulière.
- Étape 1 : Je lis la première barre : 1,4 million de chômeurs en 1928, avant la crise.
- Étape 2 : Je lis la dernière : 6 millions en 1932.
- Étape 3 : Je calcule : 6 divisé par 1,4 donne environ 4,3.
- Étape 4 : Je rattache ce chiffre à la situation du pays.
Résultat : Entre 1928 et 1932, le nombre de chômeurs allemands passe d’environ 1,4 à 6 millions : 6 ÷ 1,4 vaut environ 4,29. Il est donc multiplié par plus de quatre. Sans connaître la population active correspondante, on ne peut pas en déduire un taux de chômage. La crise nourrit la colère et favorise les partis qui promettent une rupture.
Piège à éviter : Écrire que le chômage a augmenté de quatre millions sans dire par rapport à quoi. Au brevet, un chiffre ne vaut que si on le compare : ici, il faut montrer qu’il est multiplié par plus de quatre.
À toi d'essayer
Pourquoi une crise née à la Bourse de New York finit-elle par fermer des usines en Europe ?
Coup de pouce : Suis la chaîne : banques, crédit, commandes, emplois.
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Parce que les économies sont liées entre elles. Les banques américaines ruinées rapatrient leur argent et cessent de prêter ; les États-Unis achètent moins à l’étranger. Les entreprises européennes, privées de crédit et de clients, licencient à leur tour.
La France : une démocratie fragilisée
En France, la crise arrive plus tard mais dure plus longtemps. Les gouvernements se succèdent sans parvenir à la résoudre, et beaucoup de Français perdent confiance dans leurs députés. Des ligues d’extrême droite, hostiles à la République, se développent. Le 6 février 1934, leur manifestation devant la Chambre des députés tourne à l’émeute : la République semble menacée chez elle.

Face à ce danger, les partis de gauche s’allient : c’est le Front populaire, qui remporte les élections en mai 1936. Une vague de grèves joyeuses occupe les usines. En juin, les accords Matignon augmentent les salaires et reconnaissent le rôle des syndicats ; des lois accordent deux semaines de congés payés et la semaine de quarante heures.
Ces mesures changent durablement la vie quotidienne : pour la première fois, des familles ouvrières partent en vacances. Mais elles ne suffisent pas à relancer l’économie, et le Front populaire se divise dès 1937. La démocratie française tient donc, contrairement à d’autres, mais elle sort affaiblie de la décennie.
Exemple résolu
Sujet de type brevet : expliquez pourquoi on dit que la démocratie française est fragilisée dans les années 1930.
- Étape 1 : Je cherche ce qui l’affaiblit : la crise économique, qui dure.
- Étape 2 : J’ajoute l’instabilité politique : des gouvernements qui se succèdent sans résultat.
- Étape 3 : Je cite un fait daté : l’émeute du 6 février 1934.
- Étape 4 : Je nuance : la République résiste, elle ne tombe pas.
Résultat : La crise frappe la France durablement et les gouvernements se révèlent incapables d’y mettre fin, ce qui fait perdre confiance dans les institutions. Des ligues hostiles à la République se développent, et le 6 février 1934 leur manifestation tourne à l’émeute devant la Chambre des députés. La démocratie est donc contestée de l’intérieur. Elle résiste pourtant, et le Front populaire l’emporte aux élections de 1936 : fragilisée ne veut pas dire renversée.
Piège à éviter : Conclure que la France devient un régime autoritaire comme ses voisins. Elle reste une démocratie pendant toute la décennie : c’est précisément ce qui la distingue de l’Allemagne et de l’Italie.
À toi d'essayer
Cite deux mesures du Front populaire et explique en quoi elles concernent directement la vie des ouvriers.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Les régimes totalitaires : URSS et Allemagne
Un régime totalitaire ne se contente pas de gouverner : il veut contrôler la société entière et transformer les individus. Un parti unique dirigé par un chef tout-puissant interdit toute opposition, une police politique traque les adversaires, la propagande occupe l’école, la presse et les loisirs, et un ennemi intérieur est désigné à la population.
En URSS, Staline impose la collectivisation : les exploitations paysannes sont regroupées dans des fermes collectives, les kolkhozes, ou dans des fermes d’État, les sovkhozes. Le régime contrôle cette transformation par la contrainte ; les résistances sont réprimées et des paysans déportés. Les famines de 1932-1933 font des millions de morts. De 1936 à 1938, les grandes purges frappent notamment les cadres du parti par des procès truqués, des exécutions et des déportations.
En Allemagne, Hitler devient chancelier le 30 janvier 1933 et supprime en quelques mois les libertés, les partis et les syndicats. La Gestapo traque les opposants, la jeunesse est encadrée dès dix ans. Le régime désigne les Juifs comme ennemis : les lois de Nuremberg, en septembre 1935, leur retirent la citoyenneté allemande et leur interdisent d’épouser un non-Juif.
Deux régimes totalitaires, les mêmes outils
| Outil du régime | URSS de Staline | Allemagne de Hitler |
|---|---|---|
| Chef et parti | Staline, parti communiste | Hitler, parti nazi |
| Police politique | NKVD, camps du Goulag | Gestapo, camps de concentration |
| Ennemi désigné | L’opposant, le koulak | Le Juif, l’opposant |
| But affiché | Une société sans classes | Un peuple prétendument pur |
Exemple résolu
Sujet de type brevet : expliquez pourquoi l’Allemagne de 1938 n’est plus une démocratie.
- Étape 1 : Je rappelle ce qui définit une démocratie : élections libres, plusieurs partis, libertés, justice indépendante.
- Étape 2 : Je montre que chacun de ces points a disparu après 1933.
- Étape 3 : J’ajoute un exemple précis et daté : les lois de Nuremberg de 1935.
- Étape 4 : Je nomme le régime obtenu.
Résultat : Dans une démocratie, plusieurs partis s’affrontent lors d’élections libres et les libertés sont garanties. En Allemagne, après janvier 1933, les partis et les syndicats sont interdits, la presse est aux mains du régime et la Gestapo arrête les opposants. Les lois de Nuremberg de 1935 privent les Juifs allemands de leur citoyenneté : des habitants perdent leurs droits en raison de ce qu’ils sont. C’est un régime totalitaire.
Piège à éviter : Dire que Hitler a pris le pouvoir par un coup d’État. Il est nommé chancelier légalement en janvier 1933 : c’est ensuite qu’il détruit la démocratie, et c’est bien ce qui rend l’épisode inquiétant.
Vocabulaire
- Crise économique :
- Effondrement durable de la production, du commerce et de l’emploi.
- Régime totalitaire :
- Régime où un parti unique contrôle l’État, l’économie, l’information et la vie privée.
- Propagande :
- Information orientée, diffusée par le pouvoir pour imposer une seule façon de penser.
- Collectivisation :
- Regroupement forcé des exploitations agricoles dans des fermes collectives (kolkhozes) ou d’État (sovkhozes), sous le contrôle du régime soviétique.
- Goulag :
- Réseau de camps de travail soviétiques où sont déportés les opposants réels ou supposés.
- Antisémitisme :
- Hostilité et discrimination envers les Juifs ; au cœur de l’idéologie nazie.
Pourquoi la guerre redevient possible
Hitler veut défaire le traité de Versailles et agrandir l’Allemagne. Il réarme le pays, remilitarise la Rhénanie en 1936, puis annexe l’Autriche en mars 1938. Chaque fois, les démocraties protestent sans agir : trop marquées par la boucherie de 1914, elles veulent éviter la guerre à tout prix.
En septembre 1938, les accords de Munich permettent à l’Allemagne d’annexer les Sudètes, région de Tchécoslovaquie. En mars 1939, elle occupe les pays tchèques et établit le protectorat de Bohême-Moravie ; la Slovaquie devient un État satellite. Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 comporte un protocole secret de partage de zones d’influence. L’invasion allemande de la Pologne le 1er septembre déclenche la guerre.
Au brevet : analyser un document de propagande
- Identifie la nature, la date et surtout l’auteur : qui parle, et pour quel régime ?
- Décris ce que l’on voit ou ce qui est écrit, sans encore l’interpréter.
- Cherche qui est mis en valeur, et qui est désigné comme ennemi.
- Explique le message voulu, en le reliant à une notion du cours.
- Prends du recul : un document de propagande dit ce que le pouvoir veut faire croire, pas ce qui est vrai.
À toi d'essayer
Pourquoi dit-on que les accords de Munich n’ont pas sauvé la paix ?
Coup de pouce : Regarde ce que fait Hitler dans les mois qui suivent.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Erreurs fréquentes à éviter
| Ce qu’on écrit souvent | Ce qui est exact |
|---|---|
| Hitler prend le pouvoir par la force | Il est nommé chancelier légalement le 30 janvier 1933 |
| Totalitaire est un synonyme de dictature | Un régime totalitaire veut en plus contrôler les esprits et la vie privée |
| La crise de 1929 ne touche que les États-Unis | Elle gagne l’Europe dès 1931, et surtout l’Allemagne |
À retenir
- La crise partie du krach de 1929 gagne l’Europe en 1931 et jette des millions de personnes au chômage.
- En France, la République est secouée le 6 février 1934, puis le Front populaire gagne en 1936.
- Un régime totalitaire : parti unique, chef tout-puissant, police politique, propagande, ennemi désigné.
- Staline en URSS et Hitler en Allemagne emploient les mêmes outils, au service de buts différents.
- Les reculs des démocraties, jusqu’à Munich en 1938, n’empêchent pas la guerre : ils ne mettent pas fin à l’expansion nazie.
Fiche de révision
Quatre dates à placer
24 octobre 1929 le krach, 30 janvier 1933 Hitler chancelier, mai-juin 1936 le Front populaire, septembre 1938 Munich.
Pour reconnaître un régime totalitaire, cherche cinq signes : parti unique, culte du chef, police politique, propagande, ennemi désigné.
Front populaire, trois acquis à citer de mémoire : congés payés, quarante heures, accords Matignon.
Un chiffre qui résume la décennie allemande : de 1,4 à 6 millions de chômeurs entre 1928 et 1932.
Questions fréquentes
Une dictature et un régime totalitaire, est-ce pareil ?
Non. Une dictature confisque le pouvoir politique. Un régime totalitaire va plus loin : il veut aussi contrôler l’économie, l’école, les loisirs et jusqu’aux opinions de chacun.
Pourquoi les Allemands ont-ils voté pour le parti nazi ?
La crise, le chômage, le ressentiment lié à Versailles et la propagande favorisent le parti nazi. Tous les Allemands ne le soutiennent pas.
Que reste-t-il aujourd’hui du Front populaire ?
Les congés payés et la limitation de la durée du travail sont restés, même si leurs durées ont changé depuis. C’est l’un des héritages les plus visibles de 1936.
